DSCN2486Clara est née entendante, mais à la suite d’une première méningite à 11 mois, sans séquelles, puis d’une 2e méningite à 16 mois, elle devient sourde à 100% bilatérale.

Elle est implantée à 26 mois, l’âge idéal, rappelle sa mère, étant une implantation avant 5 ans pour que la parole s’installe plus facilement.

S’ensuit une rééducation orthophonique très soutenue, relayée par sa mère.

« Dès que je prononçais mal un mot, maman me reprenait jusqu’à ce que je le dise parfaitement. C’est grâce à sa détermination que je parle très bien » précise Clara. Clara se souvient en particulier de sa difficulté à prononcer « kinésithérapeute » !

 

Clara a aujourd’hui 18 ans et elle est en terminale littéraire après un parcours scolaire en intégration d’un bout à l‘autre. Une AVS (assistante de vie scolaire) à partir de la seconde a permis de pallier la difficulté de noter des cours dictés et non plus écrits au tableau. Elle est aujourd’hui fin prête pour passer son baccalauréat avec 33 points d’avance ! Pourtant, pour en arriver là, il lui a fallu se battre contre un système scolaire qui la condamnait à un filière gestion/comptabilité dont elle ne voulait pas.

 

Clara est attirée depuis la seconde par les études littéraires. Mais malgré sa forte motivation elle se heurte à la volonté inébranlable des enseignants de la confiner dans des études de management / gestion /comptabilité, en vue de passer le bac STMG, le « bac des sourds » ironise sa mère. Il faut dire que le SEFFIS, organisme sensé soutenir la scolarité des enfants sourds, a émis un avis en faveur d’une orientation STMG et n’a jamais voulu en démordre.

 

Pendant toute sa classe de seconde, des professeurs mal intentionnés la harcèlent quotidiennement de leurs paroles décourageantes : « Tu n’y arriveras jamais ». Clara, à bout, déclare un jour en pleurs à sa mère qu’elle abandonne les études. Mais sa mère n’accepte pas que sa fille renonce à ses rêves. Elle mobilise le CISIC et le médiateur du rectorat pour que sa fille ait gain de cause contre ces enseignants ignorants et enfermés dans leurs mécanimes d’exclusion.

Grâce à leurs démarches opiniâtres et à son travail acharné, Clara finit par obtenir une orientation en première littéraire. Elle change bien entendu de Lycée et s’épanouit en classe de première , encadrée par des enseignants bienveillants qui croient en elle. Il faut dire qu’elle fait tout pour : elle est 2e de sa classe et passe avec brio son bac de français avec 33 points d’avance, de quoi aborder le bac avec sérénité en fin d’année scolaire.

 

Clara envisage ensuite plusieurs pistes professionnelles: secrétaire d’édition, professeur de langue des signes ou traductrice en langue des signes ou éducatrice spécialisée de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ). Elle a appris la langue des signes dès le CM2, afin de faciliter sa communication avec les sourds et se faire des amis parmi eux. C’est dit-elle « une bonne chose de maîtriser à la fois la langue des signes et la langue des entendants, ça augmente les occasions de communiquer et d’être ouvert à tous car elle a l’impression d’être entre deux mondes, celui des entendants et celui des sourds ».

 

Ce que retient la mère de Clara de ses combats auprès de sa fille pour faire respecter ses désirs d’orientation, c’est « l’impératif de croire en nos enfants, de ne jamais baisser les bras face à la difficulté et de foncer en s’appuyant sur leur propre détermination ». Cette détermination, il faut l’encourager et l’accompagner car cette énergie pourrait ne pas se représenter à l’âge adulte. La mère de Clara avoue qu’il lui est arrivé de baisser les bras devant les murs qui se dressaient devant elle. Puis, face à sa fille tellement motivée, de réaliser qu’elle n’avait « pas le droit » d’abandonner. Et la récompense est à la mesure du combat : « C’est trop beau de la voir tellement épanouie dans ses études ! » conclut-elle.

 

Clara et Nathalie Octobre 2018